Syngué sabour d’Atiq Rahimi éditions P.O.L / Goncourt 2008

Afghanistan.

Terre de désolation, terre meurtrie.

Un homme est étendu sur un lit. Immobile, les yeux ouverts. Il a pris une balle dans la nuque. Il n’est pas mort. Il n’est plus vivant. Une femme, sa femme, est là. Elle prend soin de lui, elle répète chaque jour ses prières. Le Mollah lui a dit qu’elle était la seule à pouvoir le sauver. Elle s’applique à faire son devoir. Elle non plus n’est ni morte ni vivante. Les jours passent. Au rythme du souffle de son homme, au rythme des gouttes qu’elle lui met dans les yeux. Une deux. Une deux. Presque le son des bottes de ces militaires, de ces fous de guerre dont son mari a fait parti. Il ne se réveille pas. Il est à sa merci. Il va devenir sa synghé sabour, sa pierre de patience, sa pierre magique à qui elle dira tous ses secrets, ses mensonges, ses ruses, pour s’en délivrer… Il ne peut rien faire. Il ne peut qu’écouter. Il ne peut que subir le poids de ces révélations… jusqu’à ce que la pierre éclate, jusqu’à ce que la rage le ranime et qu’elle soit enfin libre !

L’histoire d’une femme. L’histoire d’un peuple. L’histoire d’une humanité… violente, si violente envers les femmes. Une histoire racontée avec lenteur, avec douceur… presque avec amour et générosité.

Céline-Claire Delaruelle